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Les dernières notes et avis
Notes et avis 1 à 7 sur un total de 7
La guerre aux pauvres commence à l'école. Sur la morale laïque
Avis posté le 16/06/2014
- Passionnant
- Surprenant
La guerre aux pauvres commence à l'école
Sur la Morale Laïque. La Guerre aux Pauvres commence à l’école.
Ruwen Ogien . Edition : Le Livre De Poche
Ruwen Ogien a obtenu en 2012 le prix : « Procope des Lumières » pour « L’Influence de l’odeur des croissants chauds sur la bonté humaine. »Directeur de recherches au CNRS, il a plusieurs cordes à son arc. Plusieurs fois Docteur, il s’intéresse aux Sciences sociales, à la philosophie morale et aux questions sur la bioéthique. Ce livre est un essai, qui détricote « La Morale Laïque » afin de recommencer dès le début ce que La Morale Laïque peut engendrer de non –sens. Il adresse au lecteur les tracés fondamentaux d’une juste morale laïque.
Ce livre est un levier contre les discriminations déguisées. Il distingue les normes de l’ordre de l’Ethique et de la Morale. Il respecte les valeurs fondamentales de l’élève. Il refuse toute étiquette socialement appauvrissante. Cet essai est remarquable de justesse, de fine analyse. L’élève grandissant dans ses lignes à la plus belle et noble place dans la société. Ce livre abouti, réfléchi, aux concepts de base philosophiques, moralistes, et sociologiques est outil. Il apporte un regard neuf sur la Vérité de ce qu’est un élève. Les notes en bas des pages amplifient la lecture. Ruwen Ogien a fait des recherches approfondies et remarquables pour écrire cet essai. C’est un livre référentiel et je le conseille aux parents, élèves, et comités d’Ethique et de Citoyenneté, aux cercles humanistes, et aux rectorats.
Page 56 : « Finalement lorsqu’on s’interroge sur la possibilité même d’enseigner la morale à l’école, on ne peut éviter de se poser des questions plus générales sur le contexte dans lequel les professeurs sont censés inculquer les valeurs suprêmes de la République : Liberté, Egalité, Fraternité.
« Comment un enseignement de la Fraternité peut-il être dispensé dans le contexte d’un système qui cultive la concurrence acharnée entre les élèves et les établissements scolaires ?
« C’est une contradiction qui n’échappe pas à tout le monde ».
Page 40 : « Pourquoi qualifie-t-on « d’incivilités » les tags et les graffitis et non l’envahissement des espaces publics par des panneaux publicitaires ? »
Ce livre extrêmement pédagogique et non démagogique est un moyen de lever des doutes et des certitudes sur la « Juste Morale Laïque ». Ce livre pertinent est un éclairage fabuleux sur les notions de Morale et d’Ethique. Il fait la part belle à l’élève en devenir d’une citoyenneté prônant les valeurs d’une république irréprochable.

Kyoko
Avis posté le 16/06/2014
- Passionnant
- Emouvant
- Bouleversant
Kyoko
Kyoko Murakami Ryù
Ce récit a la particularité d’être dans la lignée des « Récits chorale » Où chacun des narrateurs raconte l’histoire de Kyoko. L’histoire initiatique, immensément solidaire, soude les personnages dans une même galaxie de bonté. Vers Kyoko qui veut retrouver José, cubain, exilé aux Etats Unis.
Cet ancien militaire, fervent danseur, a appris LA DANSE à Kyoko jeune enfant. Ils dansaient au-delà des grilles encerclant l’armée. Echappatoire pour José efféminé mais surtout rejeté des autres militaires et pour Kyoko échappatoire pour son enfance quasi solitaire.
Jeune adulte Kyoko part à la recherche de José. Chaque protagoniste de ce récit conte l’histoire de Kyoko, jeune femme éblouissante d’altruisme, de magnanimité, de courage. Elle aura de cesse d’être le fil conducteur de ce récit. Cette jeune femme sera comme un aimant. Sa pureté et sa beauté, sa fragilité, troubleront les êtres rencontrés durant son périple incertain mais volontaire. Elle le retrouvera aidée de chacun, telle une chaîne fraternelle et soudée. José Fernando Cortès se trouve dans un hôpital ou plutôt un centre pour malades du SIDA. La rencontre sera étrange, forte, et troublante. José prénommant Kyoko, du prénom d’une ancienne amie et ne voulant pas reconnaître volontairement Kyoko. José a décoré sa chambre de photos de danses, mais pas celles que lui-même dansait . Sans doute pour effacer cette période de lui où le sida a happé sa vie. Kyoko partira dans un bus aménagé pour José avec lui rejoindre la famille de José pour que ce dernier vive ses derniers jours près de siens. Cette dernière partie de l’histoire est incontestablement la plus tragique. Ils achèteront selon la volonté de José un abat-jour pour la mère de José. Ce dernier mourra avant la fin du périple en voulant sauver Kyoko des mains de violeurs invétérés. José avant sa mort aura trouvé dans le sac de Kyoko les chaussons de danse rose qu’il lui avait offert lorsqu’elle était jeune enfant. A partir de ce moment il la nommera Kyoko. Lorsque José parle à la fin du récit, c’est l’aube qui se lève métaphoriquement. On sent le souffle final de la vague des mots .José arrivera mort chez lui. Ce sera terrible mais le point le plus beau de ce récit. Kyoko partira ensuite visiter Cuba la terre natale de José sentir la danse à pleins poumons.
Kyoko en narrateur délivrant un fort potentiel d’émotions dira dans l’épilogue : « Parce que la danse que m’a enseignée José elle est là dans mon corps , elle vit en moi ». Kyoko est un roman sentimental dans le sens le plus profond et le plus sublime. Il délivre une formidable espérance en l’autre. C’est un livre vivant et c’est sans doute pourquoi Kyoko a fait l’objet d’un film. Il marque d’un sceau les consciences, il interpelle et en même temps ,il apaise le lecteur.
Evlyne Léraut.

Marelle
Avis posté le 16/06/2014
- Passionnant
- Emouvant
- Paris et l'Argentine
Marelle
Marelle
Julio Cortàzar
Traduit de l’Espagnol par Laure Guille Bataillon pour la partie roman
Traduit de l’Espagnol par Françoise Rosset pour la partie essai
Voici, un chef d’œuvre littéraire incontournable, classique, purement splendide, achevé. Une marelle se jouant du ciel et de la terre, du paradis et de l’enfer.
Décrire ce puissant livre sans rien laisser au hasard. Ne serait-ce que le bruissement du caillou touchant la case noire ou blanche. L’histoire merveilleusement écrite d’Horacio Oliveira et Sibylle et de son petit trésor Rocamadour. Partie blanche, sérieuse, risquée d’un amour en piste d’étoiles. Ne rien dévoiler pour ne pas risquer de dénaturer le sublime : les paroles riches et porteuses de ces deux êtres. L’intelligence de la prose subjugue le lecteur. Ce livre devient un pilier Argentin du patrimoine culturel et philosophique. Les conversations sont toutes à surligner. Les confidences de Julio Cortàzar sont si grandes que l’on entend les murmures les pages qui tournent plus vite les unes que les autres. Où l’on se dit qu’il existe des auteurs qui savent converser autour d’un maté avec le lecteur. Ce partage renforce l’idée d’une Argentine puissamment littéraire et brillante.
Page 76 : « Je sais bien qu’on n’y gagne rien. »dit Grégorovius. « Les souvenirs ne peuvent changer que le passé le moins intéressant. »
Page 97 : « Le maté…..rapporté de Rosario : « La Croix du Sud » poumon de secours argentin pour les solitaires et les tristes ».
Page 119 : « Etre seul en définitive, c’est être seul sur un certain plan où d’autres solitudes pourraient à la rigueur établir un contact avec nous. »
Cette partie linéaire (partie roman) jusqu’au chapitre 56 est le tapis rouge d’Art avec un A majuscule.
La deuxième partie (essai) dont la lecture originale est perspicace. On passe d’un chapitre, à un autre, en arrière, en avant. C’est une tournure habile de Cortàzar de déjouer ainsi la dualité. Morelli l’écrivain double de Cortàzar transforme la trame en habits d’Arlequin. Lorsque les couches d’habits tomberont au fur et à mesure des chapitres, le noir et le blanc, ensemble toucheront le ciel. Ce livre, pavé d’Or aux 651 pages est l’emblème de l’Argentine. Traveler double d’Horacio emporte cette partie vers le rire, la légèreté. Mais les perspectives de lire « La Marelle » sont nombreuses. C’est un livre qui mène le lecteur vers des pistes immenses de compréhension et de degrés. Il est inépuisable. C’est une gorgée de maté bue dans un pot passant d’une main à une autre indéfiniment. Un regard grave et contemporain sur le genre humain .Il est pénétré de la grandeur cosmopolite des sentiments vrais.
Les Argentins ont leur « Victor Hugo » en Julio Cortàzar. Et Le lecteur devient riche du verbe Argentin.

Wakolda
Avis posté le 26/05/2014
- XXe siècle
- Bouleversant
- Intriguant
- Argentine Patagonie
Wakolda Lucia Puenzo
Chronique littéraire de Wakolda de Lucia Puenzo Aux Editions Stock.
Ma Chronique :
Lucia Puenzo Argentine est un écrivain qui porte en elle le poids de L’Histoire. Par ce livre biographique, à peine romancé, elle témoigne de ce passé poignant, révoltant. D’une telle façon que jamais elle ne prend partie. Ni dénonce pour elle-même. Ainsi elle transforme son récit en rocher de Sisyphe. Au travers des mots le lecteur fait alliance avec Lucia Puenzo avant toute autre chose. Un peu comme si on voulait l’ alléger de ce poids mort. La première de couverture est révélatrice. D’emblée l’image forte de Wakolda (poupée emblématique) est glaçante. Elle sera tout au long du livre le fil manichéen de ce récit. Puisant sa force mentale au travers du non-dit et du déni. L’histoire vraie de Joseph Mengele, de l’homme devenu animal. Mais bien plus que cela encore, automatisé dans son comportement. Véritable machine e.
xploratrice des corps, déshumanisant l’être. A contrario, Mengele est formidable de beauté physique. Ses yeux bleus transpercent l’eau du lac Nahuel-Huapi. On ressent tout ce qu’il y a de plus machiavélique. Il est l’appat. Il est symboliquement cannibale. Dualité entre l’homme et la bête. L’hôtel même de la famille accueillante d’Enzo, sera l’emblème d’un enfer sous couverture de rires, repas, de vie simple pour la famille d’Enzo. Leur hôte est le loup dévorant. Sa proie la première est Lilith. Petite fille aux problèmes de croissance. Mais petite femme en devenir qui comprendra la première que derrière cet homme , se cache ses premiers fantasmes en devenir. Lilith agira , tout au long du récit en dilemme cornélien. Enzo, le père de Lilith, sera le modèle représentatif du déni, de l’impossibilité à admettre les atrocités de Mengele. Le choc de vérité sera effroyable. Mengele dans l’hôtel d’Enzo aura poursuivi ses expériences médicales, tout en dégageant un certain mystère pour ses hôtes. Eva épouse d’Enzo et mère de Lilith sera la première à lui faire confiance. Le lien étant autour de sa maîtrise de la langue allemande, de ses grands-parents allemands, et de son parcours scolaire dans une école allemande en Argentine. Mais elle sera une victime collatérale de Mengele. Pour Enzo le paradoxe crucial sera dans le transfert de sa création de poupées, en mimétisme de représentation de la race pure par Mengele , dans un compromis de de fabrication et d’aboutissement commercial à des fins allemandes. Lilith aura échangé Wakolda contre une poupée au faciès Mapuche d’une adolescente de cette même origine. Le père de cette dernière viendra violemment récupérer cette poupée Mapuche. Il a compris de suite que wakolda symbolisait le Nazisme et le génocide des Mapuches. Le cadre pourtant grandiose de l’Argentine en Patagonie vers Bariloche est lui aussi porteur du Nazisme. On frissonne de froid dans ce nihilisme. Ce récit fait des vagues implacables. Les heures étranges du déroulement de l’Histoire, sont inadmissibles car époustouflantes de monstruosité. L’Argentine aura été le pays où les allemands de l’après-guerre se sont réfugiés . Bariloche est le symbole de la Suisse Allemande. Ce qui sous-tend que sous la beauté des lacs, se trouve les mouvances du Nazisme qui lui est un cœur malade mais encore battant. Les Argentins ne le savaient probablement pas. On leur a muselé la parole. On touche une page sensible de l’Histoire. Une page troublante où la naïveté d’Eva, le déni d’Enzo, Lilith qui aura compris de suite, sont l’apogée de ce tissage inavouable. Les morceaux du puzzle représentatif des faits avérés. La journaliste au cœur de cette histoire réaliste nous propulse vers le haut. Elle est le ciment de la trame, l’élément majeur, concret et avéré. Elle ramène les personnages dans la ténébreuse réalité. Son duel verbal avec Joseph Mengele sera le summum de la bulle éclatée La fuite de Mengele, et l’assassinat de la journaliste , impriment le contraste entre la possibilité d’arrêter Mengele et la force du réseau allemand qui aura réussi le tour de force , de faire fuir Mengele et lui éviter et un procès, et peut-être la peine de mort. Ce livre n’apaise pas. Il n’est pas cicatrisant ,au contraire. Mais Lucia Puenzo a créé un outil de mémoire .Ce livre biographique a le mérite courageux de dépasser les aprioris. Puenzo est Argentine. Elle en est que plus grande dame. Car son pays est douloureusement affecté par son passé de dictatures et de silences imposés. Et son livre témoigne malgré tout et certainement des souffrances de ses pairs. Que ce livre soit dans toutes les bibliothèques, lycées et universités. Pour que le témoignage de Lucia Puenzo reste vif et s’éternise dans toutes les consciences.
Evlyne Léraut