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Plonger
Avis posté le 17/10/2013
Le grand bleu revisité par Christophe Ono-Dit-Biot
Dès le début du livre, on en connaît l'issue, la mort de Paz, la femme aimée.
César s'adresse à son fils, Hector, âgé de quatre ans, à qui il raconte sa rencontre avec sa mère, leur relation et qui était cette femme.
Leur relation avait débuté par un malentendu. Journaliste, il avait rédigé un article sur son travail de photographe. Dans ses clichés de plage, il voyait la vie, là où elle voulait exprimer tout le contraire.
Des différences fondamentales de perception ponctueraient constamment leur vie commune.
Elle était jeune, énergique, déterminée et avait soif de découvrir le monde.
Lui avait déjà connu le grand frisson du reporter. Il avait parcouru le monde et aspirait à une vie plus sédentaire et moins risquée. Il s'épanouissait dans son milieu parisien branché, au milieu des soirées, réceptions, expositions culturelles et artistiques, d'un monde un peu nombriliste et artificiel.
Comme Paz, j'ai eu envie de fuir ces soirées et cette vie. Les digressions sur l'art et les considérations sur la vieille Europe m'ont un peu assommée et si le style ne m'avait pas retenue, je n'aurais peut-être pas poursuivi ma lecture.
Mon attention s'est réveillée au moment où César embarque, dépassant ses phobies de quitter l'Europe, pour l'Arabie Saoudite où le corps de Paz a été retrouvé et où il va essayer de comprendre ce qui s'est passé et ce que sa femme était venue chercher.
Finalement, j'ai plongé en apnée dans les derniers chapitres qui m'ont fait rapidement oublier l'ennui qui s'était abattu sur moi vers le milieu du livre.
En conclusion, un avis en demi teintes: un début vif et captivant, une fin palpitante mais je pense que le roman aurait gagné à ce que la partie centrale soit allégée.
Un grand merci aux Jeudis Critiques et à Entrée livre pour ce partenariat.

Parabole du failli
Avis posté le 13/10/2013
"Parabole du failli" de Lyonel Trouillot
Pedro menait une vie de bohème. Il était comédien. Mais un jour la vie a cessé de lui donné la réplique et il s'en est allé, de la pire des manières pour ses deux amis. Il s'est suicidé.
Avec l'Estropié et le narrateur, ils formaient un trio qui semblait inséparable. et pourtant ces deux là n'ont rien vu venir.
Le narrateur cherche à comprendre ce qui leur a échappé, un signe qui aurait pu les alerter, à travers leurs échanges, mais aussi les silences de leur ami.
Il convoque les souvenirs en quête de ce qu'il n'a pas su entendre ou de ce que Pedro n'a pas su exprimer.
Il nous raconte ce qu'a été leur vie dans le quartier pauvre de Peau-Noire, où Pedro déclamait des vers de Baudelaire, Apollinaire, Villon ou Pessoa à ceux qui voulaient l'entendre et aussi à ceux qui ne voulaient pas. Parce qu'il faisait descendre la poésie dans la rue.
La poésie était pour lui une respiration qu'il tentait d'insuffler aux passants, aux gamins des quartiers déshérités de Port-au-Prince. Et quand il cessera de respirer, ce sont ces enfants qui lui rendront le plus beau des hommages, dans une scène finale éblouissante.
Mais ce livre n'est pas seulement un livre sur l'amitié et le suicide, c'est aussi une immersion dans les quartiers populaires d'Haïti où on croise d'autres cabossés de la vie, comme Madame Armand ou Altagrace, personnages secondaires mais oh combien intéressants.
"Dans la vie comme dans les romans, qui s'inquiète des tragédies qui hantent les petits destins des personnages secondaires?"
Et finalement, s'il y a une leçon à tirer de cette histoire, c'est celle-ci:
"Les vivants aussi méritent notre attention. Encore un paradoxe, cette maladie de n'écouter que les morts. Une personne se tient au bord de la falaise. Nous parle. Personne ne l'entend. Elle tombe. C'est alors seulement que le cri, dont il ne reste que l'écho, nous intéresse, pas besoin d'exégèse."
Lyonel Trouillot a écrit ce livre suite au suicide de son ami, le comédien haïtien Karl Marcel Casséus, même s'il prévient "cette oeuvre de fiction ne raconte pas sa vie. Ni sa mort."
Ce roman profondément humain et d'une très belle écriture est mon premier coup de coeur de cette rentrée littéraire.
