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Les dernières notes et avis
Notes et avis 1 à 8 sur un total de 12
Les liaisons dangereuses
Avis posté le 13/09/2012
- cruauté
- sentiments
- roman épistolaire
- étude sociale
un roman magnifique ! pas seulement un classique scolaire
Oui, ce ne sont que des lettres, mais, non, on ne s'ennuie pas un seul moment : l'intrigue est riche et dramatique, les rebondissements sont haletants, l'écriture d'une finesse rare.
L'idée d'écrire un bouquin épistolaire est très rusée, d'autant qu'en début de livre, l'auteur nous prévient que ces lettres ont été découvertes réellement et qu'il ne s'agit pas d'une fiction. Laclos ne fait que diffuser ces missives, dit-il. Le livre était d'ailleurs ironiquement sous-titré "sous-titré lettres recueillies dans une société et publiées pour l’instruction de quelques autres".
Mais il tresse une histoire terrible et cruelle, en s'amusant beaucoup, et avec un talent et une justesse convaincante : les sentiments sont dépeints et disséqués, les personnages sont extrêmement bien cernés. Chacun a son caractère propre, et s'exprime selon sa sensibilité.
Un classique, mais pas seulement un classique scolaire : un super bouquin à recommander.

Un long dimanche de fiançailles
Avis posté le 13/09/2012
histoire d'amour ou histoire de guerre ? magnifique en tout cas.
Une histoire magnifique sur le deuil. Comment une jeune femme mène l'enquête, mue par la force de son amour, une enquête à laquelle personne ne croit sauf elle.
L'histoire permet de parler aussi de cette sale guerre, comment le pouvoir en place utilisait la chair humaine afin de mener une économie de guerre et de glorifier la patrie. La guerre avait déjà été montrée dans son ignominie, mais rarement en donnant autant le sentiment d'une absurdité (comme dans "A l'est rien de nouveau") : c'était une guerre où les pauvres payaient le prix de la bêtise du pouvoir politique.
Japrisot était un extraordinaire conteur, qui savait se plonger dans une époque, un milieu pour mieux rendre l'histoire poignante et crédible. Les personnages ont tous une grande densité, qui nous les rendent proches, familiers. Une superbe histoire d'amour sur fond de guerre.

La véritable histoire des génocides rwandais
Avis posté le 13/09/2012
- Génocide
- mensonge
- diplomatie
guerre, mensonge et diplomatie : du pur JL Debré.
JL Debré fait croire que la France n'a pas eu de rôle à jouer dans le génocide. Il fait croire qu'il s'est agi de guerres tribales, en gros, alors qu'il s'est agi d'un nettoyage ethnique assisté par la France (comme les révèlent des études de plus en plus nombreuses). L'expression "les génocides" laisse entendre que les Hutus et les Tutsis ont réglé leurs comptes sans que cela ne concerne personne d'autre. Langue de bois, attentisme, diplomatie... En réalité, la France, au courant des faits et très présente au Rwanda, a préparé le terrain à ce génocide. Il est sans doute prévisible qu'un politicien comme l'auteur, ayant eu un tel rôle, cherche à se laver les mains par un tel ouvrage, en grande partie mensonger.
On recommandera plutôt, pour nous éclairer, la lecture de : "Rwanda, généalogie d'un génocide", de Dominique Franche.

Mères
Avis posté le 13/09/2012
- drame
- famille
- Poésie
- bulgarie
j'ignorais qu'on pouvait écrire comme ça !
C'est bouleversant. Au début j'étais un peu dérouté par l'écriture, tant le rythme est effréné, tant il bouscule les codes de style et de ponctuation. Et très vite, une évidence : le style de Dimova sert parfaitement ce qui est raconté. Ce que les personnages disent, pensent, espèrent, craignent, est traduit par cette écriture fébrile, comme une envie de hurler, de s'échapper, d'exister.
Dans une société en reconstruction morale et sociale, (la Bulgarie post-totalitaire), des adolescents, en rupture avec leurs parents, tentent de rêver leur vie. Ils se heurtent à l'égoïsme, la faiblesse, la culpabilité, la veulerie, la tristesse de leurs parents, eux-mêmes brisés ou trop lâches. Des parents, des mères surtout, dont l'héritage est lourd à porter, si lourd qu'on se demande quels échappatoires auront leurs enfants. Comment peut-on survivre dans la peur ou le manque d'amour ?
Mais c'est déjà en dire beaucoup. Simplement, Dimova parle de l'enfance, de l'adolescence, du passage à l'âge adulte, de la vieillesse, avec beaucoup de tendresse. Elle s'appuie sur les ressorts de la psychanalyse, qui lui permettent de traduire le tumulte intérieur de chaque personnage de façon cohérente et extrêmement vivante. « Mères » atteint une dimension poétique : les mots, simples, acquièrent sous cette plume un sens universel.
L'histoire est passionnante, le procédé original, c'est une révélation pour moi. C'est surprenant, poignant. Savoir qu'on peut écrire ça, et l'écrire comme ça... !!!

S'il braille, lâche-le...
Avis posté le 13/09/2012
- racisme
- haine raciale
Mon Chester Himes préféré !
C'est mon Chester Himes préféré et aussi l'un des premiers que j'ai lus de lui. Il y a de la gravité, le burlesque des romans avec "Cercueil et Fossoyeur" est absent de celui-ci : ça parle de peur, de racisme et de haine. C'est l'histoire, maintes fois racontée par Himes, de la peur de franchir la barrière de la race, de la peur d'être un Noir dans une société régie par les Blancs, de toutes les aigreurs et de toutes les colères que ça génère... Peut-on dépasser cette peur, assumer complètement sa couleur de peau en Amérique dans les années 50 ? C'est de ça que parle l'auteur. C'est magistral, écrit avec grand style, au plus proche des sentiments des personnages.

La Troisième génération
Avis posté le 13/09/2012
- Etats-Unis
- histoire
- racisme
- nègres
- négritude
- roman sociologique
1ère, 2ème, 3ème... génération selon Chester Himes
Chester Himes a fait dans le polar rigolo, genre "la reine des pommes", genre pour lequel il est le plus reconnu.
Il a aussi écrit les romans-souvenirs, sur la prison, le ghetto, la communautés, la pègre...
"La 3ème génération" appartient à une autre catégorie, celle des essais sociologiques. Le mode est grave, le style dramatique, et c'est d'une très belle écriture que Chester Himes nous raconte l'histoire de la famille Taylor.
Himes ne fait pas dans la caricature. Ca se passe dans les années 50. Le père est tout noir, c'est un professeur volontaire et vertueux, mais il va perdre sa dignité face à la société blanche, face aussi face au mépris que lui voue sa femme, métisse très claire, qui se fait passer pour une blanche quand ça l'arrange. Il y a ensuite 3 enfants dont les 2 plus jeunes sont ballotés aux quatre coins du continent, au gré des postes proposés au papa, au gré des caprices destructeurs d'une mère qui a honte de ses origines noires. Ca raconte la relation de chaque membre avec sa couleur et le rang qu'elle lui confère dans la société, ça raconte la "barrière invisible" qui empêche les uns d'évoluer dans une société bâtie par les blancs, les autres d'assumer leur couleur et leur origine.
C'est un roman magnifique, au rythme lent, qui édifie le lecteur qui s'y penche jusqu'au bout.
On pense, pour l'écriture et pour certains personnages, à l'histoire de "Bigger", le héros de Richard Wright ("un enfant du pays").

Le viol de l'imaginaire
Avis posté le 13/09/2012
lucide, joliment écrit et sans concession
Aminata Traoré a écrit ce livre au début où s'élevait la tendance altermondialiste, lors de la conférence de Durban et des premiers forums sociaux mondiaux. Dans ce sillage, et forte de ses expériences politiques (ancienne ministre au Mali) et militantes, Traoré fait une analyse des mécanismes qui ont saigné l'Afrique depuis des siècles et en particuler depuis les indépendances. On y trouve donc l'observation d'organisations telles que l'OMC, le FMI, des programmes d'ajustement structurels, des accords internationaux, etc.
Elle explique clairement les injustices qui s'abattent sur le monde paysan, sur les cultures et l'imaginaire africains, sur les femmes et les classes modestes. Chiffres à l'appui, coeur bien accroché, et avec pertinence. C'est un pamphlet bien documenté, où affleure une sincère volonté de progrès social et d'épanouissement collectif.
Mais si elle livre ici un texte partisan, aux thèses plutôt socialistes révolutionnaires, elle se permet aussi la critique des sociétés africaines : elle accuse ce qui, en elles, a permis cette "colonisation des esprits" qui rend si difficile l'émancipation des Africains face à la mondialisation financière, face à l'uniformisation des représentations sociales.
Le texte est plein d'espoir ' et conscient des difficultés à traverser. Loin des jérémiades tiers-mondistes, ni manichéen ni simpliste. Même si j'avais déjà lu plusieurs ouvrages politiques, économiques, des thèses sociales et des sur l'Afrique, ce livre m'a appris à y voir mieux dans ce que peuvent faire les citoyens, africains mais pas seulement, pour construire un monde plus solidaire. Ce livre est important pour la clairvoyance avec laquelle on y parle de l'Afrique et de son avenir.